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TENNIS ET DOULEUR D'EPAULE
Ch. LEVIGNE


Les douleurs d'épaule au cours de la pratique du tennis peuvent se rencontrer dans deux situations : soit du fait d'une pathologie véritablement créée par le tennis notamment s'il est pratiqué de façon intensive ou dans de mauvaises conditions, soit en révélant ou en aggravant une pathologie sous-jacente déjà présente en dehors de la pratique du tennis. C'est cette deuxième situation qui est la plus fréquente.


UN BRIN D'ANATOMIE

L'épaule n'est pas emboîtée (comme la hanche par exemple), c'est une articulation " suspendue " par des tendons et des ligaments. Les tendons sont la terminaison des muscles. Ils s'attachent sur l'humérus (l'os du bras) et permettent de lever le bras en avant et sur le côté. L'ensemble des tendons qui enveloppe la tête de l'humérus est appelé la coiffe des rotateurs. Les ligaments sont plus profonds et constituent les " liens " qui unissent la tête de l'humérus à l'omoplate.
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Schéma de l'épaule


Lorsque les ligaments sont étirés ou distendus, on parle d'entorse. Lorsque les ligaments sont rompus, la tête de l'humérus peut sortir du socle sur l'omoplate (appelé la glène), on parle de luxation. Lorsque les tendons sont enflammés et douloureux mais intacts, on parle de tendinopathie (ou tendinite). Lorsque les tendons sont rompus, on parle de rupture de la coiffe des rotateurs.


LES DOULEURS AIGUES DE L'EPAULE

Elles sont déclenchées par un accident : une chute, un mouvement violent ou un mouvement forcé. Lorsque le tableau est brutal et douloureux, l'idéal est d'aller consulter un médecin et de faire une radiographie. Il peut s'agir de différents problèmes :
- Une fracture de la clavicule,
- Une fracture de la tête de l'humérus,
- Une luxation de l'épaule,
- Une luxation acromio-claviculaire,
- Une rupture de la coiffe des rotateurs.

Les fractures de la clavicule

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Radiographie d'une fracture de la clavicule

Elles sont provoquées par une chute sur l'épaule. Elle sont généralement bénignes et traitées le plus souvent par un bandage spécial maintenant les épaules en arrière. Les douleurs s'estompent en général en une semaine et le bandage est gardé pendant une durée variable de 3 à 8 semaines en fonction du type de fracture et surtout de son déplacement. On peut tolérer au niveau de la clavicule des déplacements assez importants de la fracture sans aucune séquelle tardive. Dans de rares cas, lorsque la fracture est très déplacée ou bien sûr s'il y a une plaie au niveau de la fracture (on parle de fracture ouverte), il faut opérer. Quel que soit le traitement, le tennis peut rarement être repris avant 2 mois.

Les fractures de la tête de l'humérus

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Radiographie d'une fracture de la tête de l'humérus.

Elles sont toujours la conséquence d'une chute. Bien entendu, il en existe de nombreuses formes différentes mais on peut retenir quelques règles communes :
- Lorsque la fracture n'est pas déplacée, une attelle maintenant le bras en écharpe permet une bonne consolidation. Deux semaines suffisent pour pouvoir commencer doucement la rééducation mais il faudra généralement conserver le bras au repos entre les séances pendant encore un mois en moyenne. La récupération d'une bonne fonction de l'épaule compatible notamment avec le tennis est rarement possible avant trois mois au total.
- Lorsque la fracture est déplacée ou si elle comporte plusieurs fragments, il est important de voir rapidement un spécialiste car une intervention peut être nécessaire. Il faut savoir qu'après une semaine, les fragments sont déjà un peu fixés et que l'intervention sera forcément plus délicate et parfois moins efficace.


Les luxations de l'épaule

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Radiographie d'une épaule en bonne position et d'une épaule en luxation

On les rencontre soit après une chute sur l'épaule, soit lors d'un mouvement forcé en rotation externe du bras (au service ou au smash pour le tennis). La tête de l'humérus sort de son socle (la glène) à cause de la rupture des ligaments. Les douleurs sont très intenses. Le bras est bloqué. Il faut aller dans un service d'urgence au plus vite pour faire une radiographie et " réduire " la luxation (c'est à dire remettre l'épaule en place). Ce geste est généralement possible par le médecin des urgences, sans anesthésie générale.
Il arrive que cette luxation ne soit pas la première (c'est une récidive) et dans ce cas, la réduction de la luxation est plus facile, parfois même spontanée sur un petit mouvement ou une légère traction.
L'immobilisation après une première luxation est généralement de trois semaines, suivie par une rééducation qui est très utile. La reprise du sport et notamment du tennis peut se faire après environ 2 mois. Si c'est une récidive, 5 à 10 jours d'immobilisation suffisent le plus souvent avant de retrouver une activité normale.
Si les récidives sont trop fréquentes, il vaut mieux consulter un spécialiste car une intervention chirurgicale peut être nécessaire (en général au-delà de trois luxations). Ce type d'intervention nécessite un arrêt sportif de 3 mois.

Les luxations acromio-claviculaires

C'est un problème fréquent après une lourde chute sur l'épaule. Ici ce n'est pas l'épaule qui se déboîte mais une petite articulation au sommet de l'épaule, juste sous la peau, qui relie la clavicule à " l'acromion ", (une partie de l'omoplate).
S'il y a un décalage avec une bosse sous la peau, on parle de luxation acromio-claviculaire.



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Radiographie d'une articulation acromio-claviculaire normale, d'une luxation acromio-claviculaire et photographie de " la bosse


C'est assez douloureux, et il vaut mieux consulter un spécialiste rapidement car une opération est parfois nécessaire. S'il n'y a pas de décalage mais un simple gonflement, on parle d'entorse acromio-claviculaire. Un simple " strapping " avec des bandes de sparadrap sur le sommet de l'épaule et le repos du bras en écharpe pendant quelques jours suffisent généralement. L'arrêt sportif et notamment du tennis est variable selon l'importance de la lésion, entre 3 semaines et 3 mois.

Les ruptures de la coiffe des rotateurs

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Schéma d'une rupture de la coiffe des rotateurs.

Il s'agit d'une rupture de l'attache des tendons sur la tête de l'humérus provoquée soit par une chute, soit par un mouvement forcé (notamment en revers). Les douleurs sont très vives. Le bras ne monte plus tout seul et il faut l'aide de l'autre bras pour le soutenir.
Les radiographies ne montrent rien d'anormal.
Mieux vaut aller consulter un spécialiste si l'impotence est totale. Il faut savoir que ces ruptures sont exceptionnelles avant 40 ans et qu'on les observe généralement entre 50 et 60 ans.
Sur le plan du traitement, une intervention chirurgicale n'est pas systématique et doit se discuter en fonction du type de rupture. Ces ruptures sont en effet très différentes les unes des autres et ce sont les examens complémentaires (scanner ou IRM) qui permettront d'en connaître le type et de choisir le meilleur traitement.
En résumé, dans ce type de situation brutale (chute, traumatisme ou mouvement forcé), si la douleur est intense, si l'épaule est bloquée ou impotente, il faut aller faire une radiographie ou vous faire examiner par un médecin qui pourra vous orienter si nécessaire vers un spécialiste.



LES DOULEURS CHRONIQUES DE L'EPAULE


La pratique du tennis de loisir avant 40 ans est rarement freinée par des douleurs d'épaule. En revanche, le problème peut se poser pour le jeune compétiteur pratiquant le tennis de façon intensive, ou pour le joueur régulier de plus de 40 ans.

Douleur chronique du jeune compétiteur

Le début est généralement progressif, avec des douleurs survenant au cours des matchs ou surtout après les matchs. Les douleurs ont pu commencer à la suite d'un mouvement banal. C'est généralement le geste d'armer qui est douloureux (service, smash). Au début la douleur gêne la pratique du tennis mais peut perturber ensuite la vie quotidienne. A un stade ultérieur, elle perturbe le sommeil. Cette situation peut justifier la consultation d'un spécialiste car plusieurs mécanismes peuvent expliquer ces douleurs dans ce contexte. Schématiquement, il s'agit soit d'un surmenage des tendons de la coiffe des rotateurs (tendinopathie ou tendinite), soit d'un manque de stabilité de l'articulation notamment à l'armer du bras (instabilité antérieure chronique), soit de microtraumatismes répétés entre les tendons de la coiffe et la glène de l'omoplate (conflit glénoïdien postérieur).

Douleur chronique du joueur de plus de 40 ans

Il faut savoir qu'entre 40 et 50 ans, les tendons de la coiffe des rotateurs deviennent un peu plus fragiles car ils perdent de l'élasticité. La coiffe est donc plus vulnérable et résiste moins bien aux chocs, aux mouvements forcés et à une activité sportive trop intensive notamment bras en l'air. La douleur peut donc être un signal d'alarme qu'il convient de respecter pour éviter de provoquer une déchirure progressive de la coiffe.

En conclusion, Il faut admettre que le tennis sollicite de façon importante l'épaule dominante (celle qui tient la raquette) et que le risque de douleur d'épaule est assez fréquent surtout si la pratique est intensive (plusieurs heures par semaines), violente (en frappant le plus fort possible), brutale (sans échauffement) ou inadaptée (mauvais geste ou mauvais matériel). Il est donc capital de respecter certaines règles :
- Choisir un matériel adapté à votre gabarit et à votre jeu pour ne pas créer de pathologie.
- Avoir un minimum de bases techniques, ce qui suffit bien souvent à éviter des gestes néfastes et à engendrer une pathologie liée au tennis.
- S'échauffer avant toute partie par des mouvements d'étirements doux et progressifs pendant quelques minutes. Il faut commencer par des balles bien placées plutôt que puissantes en variant les coups pour préparer tous les secteurs de mobilité de l'épaule et échauffer les différents groupes musculaires qui participent aux différentes gestes du tennis.

- Etre raisonnable concernant l'intensité de la pratique. Il faut savoir que la pratique de plusieurs heures de tennis par semaine n'est pas forcément compatible avec toutes les épaules, notamment après 50 ans.

D'une façon générale, il est prudent de respecter les petits symptômes de début et de considérer la douleur comme un signal d'alarme. C'est en quelque sorte à votre pratique à s'adapter à votre épaule et non pas l'inverse en masquant systématiquement la douleur par des médicaments, infiltrations ou autres, pour pouvoir être toujours plus performant. A ce petit jeu, c'est malheureusement souvent l'épaule qui " perd ! ". Si ces quelques règles simples ne suffisent pas à soulager votre épaule, il peut être utile de consulter.
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