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Le tennis, du fait de sa popularisation au cours des années 80, a vu le nombre de ses pratiquants croître de façon exponentielle. De ce fait, l'arrivée sur les cours d'une population nombreuse, mal préparée et souvent pratiquante très occasionnelle a vu également une nette augmentation de la pathologie sportive.

Le tennis : un sport à risque ?

Le tennis nécessite une alternance de course lente et d'accélérations, que ce soit en avant, en arrière mais également latéralement. La frappe de la balle requiert au contraire un placement stable puis un mouvement de pivot.
On le voit donc, la variété des mouvements y est infinie et nécessite une préparation physique sérieuse.
Il faut distinguer en fait la nature du sol sur lequel le tennis est pratiqué. Si la terre battue entraîne un jeu relativement lent, elle permet surtout de diminuer les contraintes articulaires et tendineuses par le fait que les appuis se prennent plus progressivement.
Les terrains plus rapides de type QUICK sont par contre beaucoup plus traumatisants car les appuis se bloquent immédiatement et retransmettent brutalement l'énergie cinétique emmagasinée aux tendons et articulations.
Malheureusement, pour des raisons de coût et d'entretien, la majorité des terrains actuels sont en dur.


Quels sont les facteurs de risque ?

Les ruptures de tendons d'Achille surviennent le plus souvent vers l'age de 40 à 45 ans. Le vieillissement tendineux ainsi que les traumatismes répétés en sont le plus souvent responsables.
Les antécédents de tendinite à répétition sont évidemment un facteur de risque. Elles se manifestent par des douleurs soit pendant l'effort, soit après celui-ci.
Il faut rechercher la présence de nodules tendineux : " petites boules " palpables sur le tendon d'Achille et le plus souvent douloureuses. Ces nodules mesurent de 5mm jusqu'à plusieurs centimètres.
Il est évident qu'une pratique très occasionnelle sans préparation ni échauffement aggrave les risques traumatiques de toutes sortes.


La rupture du tendon d'Achille

Elle survient le plus souvent lors d'un démarrage ou en réception de saut. On ressent alors une douleur fulgurante à la face postérieure de la cheville ainsi qu'une sensation de claquement. La plupart des patients parlent de " coup de fouet à la cheville "
On retrouve ensuite des douleurs très variables : de la sensation de simple gène à l'impossibilité de poser le pied par terre. Cela dépend des lésions ou non de la gaine du tendon.
Il est de toute façon impossible de se mettre sur la pointe des pieds. Un test simple consiste à s'allonger sur le ventre sur une table, les pieds dépassant de celle-ci. Une personne presse alors à pleines mains le mollet dans sa partie la plus grosse (ceci est peu douloureux) : on voit alors du côté sain le pied qui bouge par transmission de la pression musculaire alors que le coté rompu ne bougera pas.
Dans tous les cas, un avis médical rapide s'impose. Une échographie n'est absolument pas nécessaire pour faire le diagnostic. Elle ne vient en complément qu'en cas de doute.


Le traitement

La très grande majorité des ruptures est totale, et ce malgré les aspects échographiques de continuité : le tendon se rompt de façon effilochée, à la manière d'une corde de chanvre. Aussi, les fibres rompues des deux cotés sont-elles emmêlées et peuvent faire croire à une continuité subsistante lors de l'échographie, c'est pourquoi la clinique prime sur l'échographie.

_ En cas de rupture partielle chez un patient peu sportif, un traitement par immobilisation plâtrée peut être fait. Il consiste en 3 semaines d'immobilisation plâtrée, le pied en flexion plantaire de manière à détendre le tendon d'Achille puis 3 semaines supplémentaires le pied à 90° sans appui.

_ En cas de rupture totale, c'est à dire dans plus de 95% des cas, le recours à une intervention chirurgicale est le plus souvent nécessaire. Cette intervention consiste à remettre bout à bout les deux extrémités rompues du tendon. La méthode classique consiste à ouvrir en regard du tendon rompu et à suturer celui-ci par une technique spéciale. Une autre technique plus récente permet de suturer le tendon sans ouvrir, c'est à dire en percutané. Les suites sont les mêmes avec 3 semaines d'immobilisation en attelle en flexion plantaire sans appui puis 3 semaines avec remise en charge progressive, pied à 90°.

Les deux techniques ont leurs avantages et inconvénients, et le choix reste celui du chirurgien car chacune des deux techniques a ses contre-indications.


Les complications possibles

Il s'agit surtout de re-ruptures qui peuvent survenir dans les deux mois suivant la reprise d'appui. Elles restent rares et sont le plus souvent dues à des erreurs de la part des patients qui cherchent à reprendre trop vite le tennis.
L'infection est par ailleurs le risque de tout geste chirurgical.


Les suites

Après la période de 3 semaines en flexion plantaire puis 3 semaines en remise en charge progressive, il est nécessaire de débuter un travail de rééducation qui sera important. Celui-ci s'étale en général sur deux à trois mois afin de retrouver la mobilité dans un premier temps puis la force et l'indolence ensuite.
La reprise sportive se fait en général entre le 4ème et le 6ème mois après la rupture.


Peut-on éviter la rupture ?

Il n'y a bien sûr pas de recette miracle. Elle peut survenir même chez quelqu'un de bien préparé physiquement et quelle que soit la nature du terrain de tennis. Cependant, une hygiène sportive permet de réduire les risques traumatoligiques, toute pathologie confondue.
L'échauffement rigoureux est connu de tous et souvent mis en application. Par contre, il est également fondamental, en particulier au niveau des tendons, de pratiquer des étirements après la séance sportive. Ces étirements limitent les micro-traumatismes répétés qui sont le lit des ruptures tendineuses.
Bien sûr, des douleurs tendineuses après ou pendant l'effort doivent inciter à consulter un médecin sportif sans attendre la rupture.


Dr Philippe d'Ingrado
Chirurgien orthopédique
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